Monotreal - La Communauté des monocyclistes !


 
AccueilAccueil  PortailPortail  CalendrierCalendrier  GalerieGalerie  FAQFAQ  RechercherRechercher  S'enregistrerS'enregistrer  Connexion  

Partagez | 
 

 Blog de feliscatus

Aller en bas 
AuteurMessage
feliscatus

avatar

Nombre de messages : 365
Age : 35
Localisation : Montreal
Date d'inscription : 08/12/2007

12102009
MessageBlog de feliscatus

J'avais un travail à faire pour un cours à l'université : Une narration : des descriptions, et/ou des portrait (je n'en ai pas fait).

Ce n'est pas encore tout à fait satisfaisant, mais c'est un début. Ça parle de quoi d'après vous ? De mono, bien sûr !! Voilà pourquoi je le partage ici...

Vaincre l’ineptie
Un matin, alors que j’étais confiné dans mon salon par de lourds travaux intellectuels nécessaires à la réussite de divers travaux universitaires, je levai les yeux hors du livre qui, jusque là, accaparait toute mon attention. Afin que ma vision, embrouillée par l’effort que lui demandait la lecture de nombreuses pages, se rétablisse, je me mis à parcourir la pièce du regard. Je tournai la tête en direction de la fenêtre. Elle était ornée de rideaux de dentelle blanche qui encadraient joliment le ciel bleu dans lequel les nuages brillaient seulement par leur absence. Il paraissait effrontément se moquer de moi qui, séparé de tout par quatre murs, me languissait. Le jour commençait. La température à Montréal s’annonçait plutôt chaude, mais douce en même temps ; parfaite pour vaquer à toutes sortes d’activités qui permettaient de profiter du soleil et de l’air frais. L’automne commençait tout juste à s’imposer et les arbres se coloraient tranquillement. Je ressentis alors un cruel besoin de bouger, de profiter du beau temps, de m’évader, d’éprouver des sensations fortes, de faire des folies. Mais les responsabilités me clouaient sur place, comme si pesait sur moi l’indomptable loi de l’inertie ; lourdement enfoncé dans mon siège, je tendais à m’y embourber jusqu'à un point de non-retour
À côté de moi, se trouvait une table aux pattes courtes sur laquelle poussaient trois petites plantes. Des tiges de bambou baignaient dans un bol de verre rempli d’eau et s’enracinaient dans un gros agrégat sur lequel poussait un peu de mousse verte. Leur santé semblait incertaine ; beaucoup de feuilles séchaient ou devenaient toujours plus jaunes. Les autres végétaient sans encombre dans des pots de terre cuite ; elles agrémentaient la pièce de teintes vives et foncées. Autour, les murs peints de plusieurs tons d’oranger s’agençaient harmonieusement avec le miroir en forme de soleil, les planchers flottants et les meubles de bois. Cet aménagement et ce festin de couleurs chaudes ne faisaient qu’amplifier l’attirance qu’exerçait sur moi le monde extérieur. Ce matin-là semblait être le moment idéal pour entamer une longue sortie.
Quant à moi, habillé d’un chandail ligné noir et gris qui rappelait ceux que portent les prisonnier des caricatures, enfoncé au creux d’un fauteuil poussiéreux et terne, je me battais depuis un moment contre l’amertume. Malgré mon découragement et ma résignation à me défendre contre l’ennui, je vis un objet qui me fit sourire : tapit dans un coin comme une petite bête fauve, mon monocycle de montagne. Voilà un objet pour lequel j’éprouvais beaucoup d’attachement, peut-être même une grave dépendance ; à chaque jour, en effet, je ne pouvais jamais m’empêcher de penser constamment aux folies que j’avais faites, et à celles que je ferais certainement, sur ce vélo extraordinaire.
Cet engin dispendieux, fait d’aluminium et d’autres alliages de métaux légers, rassemblait des pièces assez fortes pour tolérer des chocs très importants, sans pour autant que sa masse totale devienne très lourde. Cette mécanique particulièrement résistante garantissait la solidité absolument indispensable pour les randonnées de type tous terrains. Les pédales de cette machine, garnies d’une douzaine de visses qui ressortaient de chaque côtés et montés sur des manivelles d’un format beaucoup plus massif que celui des modèles classiques, permettaient aux pieds du cycliste d’y rester collé fermement en tout temps. La roue, faite d’un gros pneu de 3 po. par 24 po. garni d’épais crampons et d’une jante doublée et trouée, contribuait de façon considérable à franchir aisément tous les obstacles possibles (glace, neige, vase, escaliers, etc.) Sur le cadre d’aluminium bleu électrique, une selle rembourrée de mousse, fixée fermement sur un tube de près de 3 cm d’épaisseur et agrémentée d’une poigné pare-chocs, assurait un confort tout à fait acceptable ; toutefois, sa base de plastique constituait un maillon faible, mais pouvait être remplacée par un solide modèle de fibre de carbone. En montagne, un frein hydraulique peut être nécessaire à certains moments, mais, malgré son prix exorbitant, un tel gadget se retrouve habituellement hors d’usage après quelques jours en se fracassant sur un caillou ou un obstacle quelconque ; la poignée casse, sinon le tuyau se perfore et entraine des fuites d’huile. Il fallait donc savoir freiner avec les jambes en toutes circonstances. Autrement, chacune de ces pièces s’avérait absolument indispensable à la pratique de ce sport extrême qui me passionnait depuis plus d’un an.
Je me remémorai alors plusieurs escapades, afin de m’éloigner mentalement de mes ouvrages d’étude. Je m’imaginai d’abord de quelle façon je revêtais mon équipement de protection avant de partir. Il fallait posséder un minimum d’équipement de sécurité pour la pratique d’une telle activité sportive : de bons souliers à crampons qui retiennent bien les chevilles, des protections pour les tibias et les coudes qui recouvrent aussi les genoux et les avant-bras ; des gants munies de bandes qui soutiennent les poignets, un casque de cycliste et un petit sac à dos dans lequel est intégrée une poche pouvant contenir un litre d’eau.
Heureusement, il existe quelques endroits qui offrent la possibilité de parcourir des terrains montagneux en ville. Je me rendais fréquemment sur une colline aménagée par des amateurs de bicyclette. Elle se trouvait près du conservatoire de musique de l’Université de Montréal. Dernièrement, j’eus la surprise de constater qu’un projet d’aménagement des sentiers, déjà en cours, commençait à faire quelques ravages sur le terrain. Une grande affiche en donnait les détails. Cette nouvelle m’inquiéta sérieusement ; les rochers sur lesquels je m’amusais à sauter avaient été remplacés par d’ennuyantes structures de bétons à l’entrée du chemin qui menait au sommet. Je me demandais si les travaux allaient ainsi « aseptiser » tout le territoire qui jusque-là restait relativement sauvage. Et puis, si le nouvel aménagement ferait en sorte qu’on interdît finalement aux cyclistes de s’adonner à leur sport, afin que de petites gens puissent se promener sans que rien, ni même un caillou, ne trouble leur quiétude.
Une fois sur les lieux, le plaisir commençait d’abord par l’ascension. À chaque fois que je fis cette montée, je tentai réaliser l’exploit sans descendre de mon vélo. En gardant un rythme constant, le trajet ne durait généralement qu'entre dix et quinze minutes, mais cet intervalle de temps pourrait certainement être qualifié de « mauvais quart d’heure ». Le sentier en serpentin faisait six longues boucles. Sans être particulièrement abrupt, il ne donnait jamais répit ; pour se rendre au sommet, il fallait monter sans cesse en se butant à chaque instant contre des pierres, des racines d’arbres et des crevasses de toutes tailles. Sous l’effort, les muscles de mes jambes devenaient alors brûlants et menaçaient de lâcher prise à tout moment ; rapidement à bout se souffle, la sensation d’avoir des dizaines d’aiguilles qui me perçaient les poumons devenait presque insoutenable. Il fallait alors, jusqu’à destination, tirer fortement ma selle sans m’y asseoir, pousser sans arrêt les pédales de toutes mes forces et anticiper consciencieusement chaque irrégularité du sol.
Une fois arrivé, une petite pause s’imposait presque obligatoirement. Tout près, s’offrait à ma vue un formidable panorama de la ville. Cet endroit, défriché partiellement, aboutissait sur un versant qui, comme en témoignait de vieux poteaux de remonte-pentes rouillés et hors d’usage, devait servir autrefois à la pratique du ski alpin. Le paysage et de forts vents rafraîchissants, qui glaçaient parfois la peau recouverte de sueur, aidaient miraculeusement à renouveler mon enthousiasme et à dissiper ma fatigue. Cet interstice dans la métropole rappelait un peu la campagne ; il y régnait en tout temps une certaine tranquillité comme il ne s’en trouve nulle part aux alentours. La douce odeur des boisés contrastait énormément avec l’atmosphère lourde et poussiéreuse qui prédomine à des kilomètres à la ronde. Le vacarme et l’achalandage incessant de la vie urbaine faisaient place au paisible environnement sonore des sous-bois dans lesquels des citoyens pouvaient se promener tranquillement en compagnie de leur chien heureux de pouvoir enfin courir sans entraves. Ce moment délectable me permettait de reprendre mon souffle, mais le repos ne motivait absolument pas ma présence en ces lieux.
Il venait alors le temps de repartir. Avant de descendre, une dernière petite côte devait être montée, mais son inclinaison ne permettait pas de le faire en roulant. Avec assez de force cardiovasculaire en réserve, j’envisageai la possibilité d’atteindre le sommet en faisant de petits bonds de côté avec ma monture. Une fois sur place, toutes sortes de pistes aux niveaux de difficulté variés s’offraient à moi. Elles étaient majoritairement tracées par le passage continuel des cyclistes qui, par endroit, les amélioraient continuellement à l’aide de pierres et de pelles. Bien sûr, les plus dangereuses m’attiraient irrésistiblement.
Au début, il fallait négocier des courbes tout en contrôlant une vitesse respectable. L’une d’elle menait directement sur un monticule qui servait à faire un saut d’une hauteur de deux pieds ; j’affrontais avec plaisir ce genre de cascades très prisé par les amateurs de bicyclette qui les affrontaient à grande vitesse. La course se continuait ensuite dans des pentes de plus faible inclinaison, mais sur lesquelles de gros rochers, des trous et des racines faisait en sorte que le parcourt ne permettait absolument aucun moment d’inattention ; lorsque le sol se trouvait aussi accidenté, je sentais le pneu du monocycle tourner fréquemment dans le vide pendant un moment, parfois une longue seconde, avant de retourner dévorer les autres obstacles qui se trouvaient sur son chemin. J’arrivai alors aux sentiers suivants, beaucoup plus abrupts, où les choses devenaient plus sérieuses.
Dévaler des côtes à toute allure, voilà une des épreuves les plus effroyables à affronter avec mon type de monture. Le pédalier, solidement fixé sur l’axe, doit obligatoirement faire le même nombre de révolution que lui ; afin de ne pas perdre le contrôle, il faut suivre son mouvement en poussant à tout rompre avec les jambes en se cramponnant à la selle comme à sa vie. Dans de telles circonstances, les multiples obstacles augmentent considérablement les risques de faire un long vol plané. Je me disais alors qu’il fallait à tout prix que, en cours de route, l’engin ne continuât pas sa folle course sans moi. Parfois, je n’arrivais pas à rester fermement accroché et une culbute spectaculaire s’en suivait inévitablement ; la chute aboutissait en général sur un cruel tapis de rochers pointus ou contre des arbres morts qui se brisaient parfois sous mon poids. Du haut de ces pistes, la peur, continuellement présente, me poussait à éprouver et à repousser sans cesse mes limites physiques et mentales.
La dernière section, tout aussi éprouvante, faites de rochers mesurant parfois plus d’un mètre, aboutissait sur un large terrain en pente où se dressait quantité d’arbres. Elle me donnait du fil à retordre. Plutôt que de franchir ces murs de pierres en les contournant, je préférais souvent affronter de front. Pour ce faire, sautai d’abord sur la plus haute partie et descendis sur une autre en faisant des bonds. En empruntant cette direction, j’aboutis devant un vide ; une dénivellation abrupte d’une hauteur d’environ cinq pieds. Ce que je cherchais. Dans de telles occasions, les effets d’une forte dose d’adrénaline me tourmentaient inévitablement ; je les sentais me tordre les entrailles et faire battre mon cœur à un rythme effarant.
Je me positionnai doucement sur le rebord, là où mes mouvements restreints et mon équilibre précaire se stabiliseraient au maximum. Je pris ensuite le temps de visualiser mon atterrissage : la posture que devait adopter mon corps, l’endroit de l’impact, les obstacles à éviter et l’allure générale du sol. C’est alors que, sans réfléchir d’avantage, le front mouillé, la tête qui tournait, la gorge et l’estomac noués, je sautai. Une fois dans les airs, je me contractai de toutes mes forces et ce fut le vide en moi pendant une seconde. La réception fut brutale à souhait. Je sentis une douleur aiguë à la cheville, mais je ne m’y attardai aucunement ; il ne m’importait que de rester sur mon vélo en essayant de le maitriser comme s’il s’agissait d’un cheval fou. Je fonçais à toute allure vers des arbres et je me laissai tomber sur les pieds dès qu’un certain ralentissement l’eût permit. Sans pouvoir arrêter, je courus derrière le vélo que je tenais encore fermement par la poignée de selle. Je le lâchai au dernier instant pour m’accrocher à un tronc qui me m’aida à vaincre la terrible inertie. Une fois immobile, j’eus le plaisir de voir mon engin qui continuait sans moi ; il alla se fracasser violemment contre le sol et, puisque le pneu rebondissait comme un ballon, il culbutait de tous côtés en atteignant une hauteur plutôt impressionnante. Je l’évitai de justesse. Ma descente était terminée.
Je revins finalement de mes rêveries, me rendant compte que mes travaux n’avançaient toujours pas. Je réalisai alors que, de toute façon, rien n’aboutirait par le simple fait de rester cloitré. Après m’être changé les idées, il était temps de me dégourdir les jambes.


Dernière édition par feliscatus le Mar 13 Oct 2009 - 23:00, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://www.bullesvides.blogspot.com

 Sujets similaires

-
» Le blog Ligue 2
» mon blog
» Création du nouveau blog TCAR
» mon blog
» Le blog de mon gros...
Partager cet article sur : diggdeliciousredditstumbleuponslashdotyahoogooglelive

Blog de feliscatus :: Commentaires

avatar
Re: Blog de feliscatus
Message le Mar 13 Oct 2009 - 22:51  Jeanbute
Wow!... que d'excellentes descriptions et une histoire des plus enivrante! Pendant ma lecture jme revoyait à ta place dans cette piste à avoir un plaisir fou! Ton réçit est allèchant! T'es un véritable poête!
avatar
Re: Blog de feliscatus
Message le Mar 13 Oct 2009 - 23:03  Kapoute
Je suis très impressionné par la qualité de l'écriture. C'était vraiment plaisant à lire et j'ai particulièrement adoré les descriptions précises du monocycle et de ce qui se passait dans ta tête.

C'est rare qu'on voit des textes aussi bien écrit sur le monocycle. Good Job ! Smile
Re: Blog de feliscatus
Message   Contenu sponsorisé
 

Blog de feliscatus

Revenir en haut 

Page 1 sur 1

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Monotreal - La Communauté des monocyclistes ! :: SECTION DIVERS ! :: ARCHIVES :: Le Blog de Monotréal-
Sauter vers: